De temps en temps, Monsieur levait les yeux au ciel, puis les abaissait sur les tranches de pâté que le chevalier attaquait; puis enfin, n’osant éclater, il se livrait à une pantomime dont Arlequin se fût montré jaloux.

Enfin Monsieur n’y put tenir, et au fruit, se levant tout courroucé, comme nous l’avons dit, il laissa le chevalier de Lorraine achever son déjeuner comme il l’entendrait.

En voyant Monsieur se lever, Manicamp se leva tout roide, sa serviette à la main.

Monsieur courut plutôt qu’il ne marcha vers l’antichambre, et, trouvant un huissier, il le chargea d’un ordre à voix basse.

Puis, rebroussant chemin, pour ne pas passer par la salle à manger, il traversa ses cabinets, dans l’intention d’aller trouver la reine mère dans son oratoire, où elle se tenait habituellement. Il pouvait être dix heures du matin.

Anne d’Autriche écrivait lorsque Monsieur entra. La reine mère aimait beaucoup ce fils, qui était beau de visage et doux de caractère.

Monsieur, en effet, était plus tendre et, si l’on veut, plus efféminé que le roi.

Il avait pris sa mère par les petites sensibleries de femme, qui plaisent toujours aux femmes; Anne d’Autriche, qui eût fort aimé avoir une fille, trouvait presque en ce fils les attentions, les petits soins et les mignardises d’un enfant de douze ans.

Ainsi, Monsieur employait tout le temps qu’il passait chez sa mère à admirer ses beaux bras, à lui donner des conseils sur ses pâtes et des recettes sur ses essences, où elle se montrait fort recherchée; puis il lui baisait les mains et les yeux avec un enfantillage charmant, avait toujours quelque sucrerie à lui offrir, quelque ajustement nouveau à lui recommander.

Anne d’Autriche aimait le roi, ou plutôt la royauté dans son fils aîné: Louis XIV lui représentait la légitimité divine.