Et Philippe se croisa les bras en regardant sa mère, comme s’il eût été convaincu qu’elle ne trouverait rien à répondre à ce reproche.

— Mais, reprit Anne d’Autriche, c’est tout simple, parce que les Anglais sont ses compatriotes, parce qu’ils ont dépensé beaucoup d’argent pour l’accompagner en France, et qu’il serait peu poli, peu politique même, de congédier brusquement une noblesse qui n’a reculé devant aucun dévouement, devant aucun sacrifice.

— Eh! ma mère, le beau sacrifice, en vérité, que de se déranger d’un vilain pays pour venir dans une belle contrée, où l’on fait avec un écu plus d’effet qu’autre part avec quatre! Le beau dévouement, n’est-ce pas, que de faire cent lieues pour accompagner une femme dont on est amoureux?

— Amoureux, Philippe? Songez-vous à ce que vous dites?

— Parbleu!

— Et qui donc est amoureux de Madame?

— Le beau duc de Buckingham… N’allez-vous pas aussi me défendre celui là, ma mère?

Anne d’Autriche rougit et sourit en même temps. Ce nom de duc de Buckingham lui rappelait à la fois de si doux et de si tristes souvenirs!

— Le duc de Buckingham? murmura-t-elle.

— Oui, un de ces mignons de couchette, comme disait mon grand-père Henri IV.