— Ne vous inquiétez plus à ce sujet. J’ai des vues sur Bragelonne; je ne dis pas qu’il n’épousera pas Mlle de La Vallière; mais je ne veux point qu’il se marie si jeune; je ne veux point qu’il épouse avant qu’il ait fait fortune, et lui, de son côté, mérite mes bonnes grâces, telles que je veux les lui donner. En un mot, je veux qu’on attende.

— Sire, encore une fois…

— Monsieur le comte, vous êtes venu, disiez-vous, me demander une faveur?

— Oui, certes.

— Eh bien! accordez-m’en une, ne parlons plus de cela. Il est possible qu’avant un long temps je fasse la guerre; j’ai besoin de gentilshommes libres autour de moi. J’hésiterais à envoyer sous les balles et le canon un homme marié, un père de famille, j’hésiterais aussi, pour Bragelonne, à doter, sans raison majeure, une jeune fille inconnue, cela sèmerait de la jalousie dans ma noblesse.

Athos s’inclina et ne répondit rien.

— Est-ce tout ce qu’il vous importait de me demander? ajouta Louis XIV.

— Tout absolument, Sire, et je prends congé de Votre Majesté. Mais faut-il que je prévienne Raoul?

— Épargnez-vous ce soin, épargnez-vous cette contrariété. Dites au vicomte que demain, à mon lever, je lui parlerai; quant à ce soir, comte, vous êtes de mon jeu.

— Je suis en habit de voyage, Sire.