— Oh! tu crois réussir, tu crois que Madame t’aimera!

— Raoul, je ne crois rien, j’espère, parce que l’espoir est dans l’homme et qu’il y vit jusqu’au tombeau.

— Mais j’admets que tu obtiennes ce bonheur que tu espères, et tu es plus sûrement perdu encore que si tu ne l’obtiens pas.

— Je t’en supplie, ne m’interromps plus, Raoul, tu ne me convaincras point; car, je te le dis d’avance, je ne veux pas être convaincu; j’ai tellement marché que je ne puis reculer, j’ai tellement souffert que la mort me paraîtrait un bienfait. Je ne suis plus seulement amoureux jusqu’au délire, Raoul, je suis jaloux jusqu’à la fureur.

Raoul frappa l’une contre l’autre ses deux mains avec un sentiment qui ressemblait à de la colère.

— Bien! dit-il.

— Bien ou mal, peu importe. Voici ce que je réclame de toi, de mon ami, de mon frère. Depuis trois jours, Madame est en fêtes, en ivresse. Le premier jour, je n’ai point osé la regarder; je la haïssais de ne pas être aussi malheureuse que moi. Le lendemain, je ne la pouvais plus perdre de vue; et de son côté, oui, je crus le remarquer, du moins, Raoul, de son côté, elle me regarda, sinon avec quelque pitié, du moins avec quelque douceur. Mais entre ses regards et les miens vint s’interposer une ombre; le sourire d’un autre provoque son sourire. À côté de son cheval galope éternellement un cheval qui n’est pas le mien; à son oreille vibre incessamment une voix caressante qui n’est pas ma voix. Raoul, depuis trois jours, ma tête est en feu; c’est de la flamme qui coule dans mes veines. Cette ombre, il faut que je la chasse; ce sourire, que je l’éteigne; cette voix, que je l’étouffe.

— Tu veux tuer Monsieur? s’écria Raoul.

— Eh! non. Je ne suis pas jaloux de Monsieur; je ne suis pas jaloux du mari; je suis jaloux de l’amant.

— De l’amant?