— Il ne t’a rien raconté?

— Non.

— Je n’aime pas cet homme, et, comme je ne l’ai jamais aimé, il résulte de cette antipathie que je ne suis pas plus en froid avec lui aujourd’hui que je ne l’étais hier.

— Partons alors.

Tous quatre descendirent. Le carrosse de de Guiche attendait à la porte et les conduisit au Palais-Royal.

En chemin, Raoul se forgeait un thème. Seul dépositaire des deux secrets, il ne désespérait pas de conclure un accommodement entre les deux parties. Il se savait influent près de Buckingham; il connaissait son ascendant sur de Guiche: les choses ne lui paraissaient donc point désespérées.

En arrivant dans la galerie, resplendissante de lumière, où les femmes les plus belles et les plus illustres de la cour s’agitaient comme des astres dans leur atmosphère de flammes, Raoul ne put s’empêcher d’oublier un instant de Guiche pour regarder Louise, qui, au milieu de ses compagnes, pareille à une colombe fascinée, dévorait des yeux le cercle royal, tout éblouissant de diamants et d’or.

Les hommes étaient debout, le roi seul était assis. Raoul aperçut Buckingham.

Il était à dix pas de Monsieur, dans un groupe de Français et d’Anglais qui admiraient le grand air de sa personne et l’incomparable magnificence de ses habits.

Quelques-uns des vieux courtisans se rappelaient avoir vu le père, et ce souvenir ne faisait aucun tort au fils.