— Voilà une drôle d’histoire, murmura d’Artagnan, qui, après avoir quitté Baisemeaux, remonta lentement son escalier. Quel diable d’intérêt Aramis peut-il avoir à obliger ainsi Baisemeaux? Hein!… nous saurons cela un jour ou l’autre.

Chapitre XCVI — Le jeu du roi

Fouquet assistait, comme l’avait dit d’Artagnan, au jeu du roi.

Il semblait que le départ de Buckingham eût jeté du baume sur tous les cœurs ulcérés la veille.

Monsieur, rayonnant, faisait mille signaux affectueux à sa mère.

Le comte de Guiche ne pouvait se séparer de Buckingham, et, tout en jouant, il s’entretenait avec lui des éventualités de son voyage…

Buckingham, rêveur et affectueux comme un homme de cœur qui a pris son parti, écoutait le comte et adressait de temps en temps à Madame un regard de regrets et de tendresse éperdue.

La princesse, au sein de son enivrement, partageait encore sa pensée entre le roi, qui jouait avec elle, Monsieur, qui la raillait doucement sur des gains considérables, et de Guiche, qui témoignait une joie extravagante.

Quant à Buckingham, elle s’en occupait légèrement; pour elle, ce fugitif, ce banni était un souvenir, non plus un homme. Les cœurs légers sont ainsi faits; entiers au présent, ils rompent violemment avec tout ce qui peut déranger leurs petits calculs de bien-être égoïste. Madame se fût accommodée des sourires, des gentillesses, des soupirs de Buckingham présent; mais de loin, soupirer, sourire, s’agenouiller, à quoi bon?

Le vent du détroit, qui enlève les navires pesants, où balaie-t-il les soupirs? Le sait-on?