— Oh! répliqua Fouquet en s’adressant au roi, mes commis font des prodiges pour le service de Sa Majesté. La somme sera prête dans trois jours.
Colbert pâlit à son tour. Louis le regarda étonné. Fouquet se retira sans forfanterie, sans faiblesse, souriant aux nombreux amis dans le regard desquels, seul, il sait une véritable amitié, un intérêt allant jusqu’à la compassion.
Il ne fallait pas juger Fouquet sur ce sourire; Fouquet avait, en réalité, la mort dans le cœur.
Quelques gouttes de sang tachaient, sous son habit, le fin tissu qui couvrait sa poitrine.
L’habit cachait le sang, le sourire, la rage. À la façon dont il aborda son carrosse, ses gens devinèrent que le maître n’était pas de joyeuse humeur. Il résulta de cette intelligence que les ordres s’exécutèrent avec cette précision de manœuvre que l’on trouve sur un vaisseau de guerre commandé pendant l’orage par un capitaine irrité.
Le carrosse ne roula point, il vola.
À peine si Fouquet eut le temps de se recueillir durant le trajet.
En arrivant, il monta chez Aramis. Aramis n’était point encore couché.
Quant à Porthos, il avait soupé fort convenablement d’un gigot braisé, de deux faisans rôtis et d’une montagne d’écrevisses; puis il s’était fait oindre le corps avec des huiles parfumées, à la façon des lutteurs antiques; puis, l’onction achevée, il s’était étendu dans des flanelles et fait transporter dans un lit bassiné.
Aramis, nous l’avons dit, n’était point couché. À l’aise dans une robe de chambre de velours, il écrivait lettres sur lettres, de cette écriture si fine et si pressée dont une page tient un quart de volume. La porte s’ouvrit précipitamment; le surintendant parut, pâle, agité, soucieux.