— Oh! mon ami, reprit Fouquet, quand on pense que tout à l’heure, quand je passais dans la rue, des gens criaient: «Voilà le riche M. Fouquet qui passe!» En vérité, cher d’Herblay, c’est à en perdre la tête!
— Oh! non, monseigneur, halte-là! la chose n’en vaut pas la peine, dit flegmatiquement Aramis en versant de la poudre sur la lettre qu’il venait d’écrire.
— Alors, un remède, un remède à ce mal sans remède?
— Il n’y en a qu’un: payez.
— Mais à peine si j’ai la somme. Tout doit être épuisé; on a payé Belle-Île; on a payé la pension; l’argent, depuis les recherches des traitants, est rare. En admettant qu’on paie cette fois, comment paiera-t-on l’autre? Car, croyez-le bien, nous ne sommes pas au bout! Quand les rois ont goûté de l’argent, c’est comme les tigres quand ils ont goûté de la chair: ils dévorent! Un jour, il faudra bien que je dise: «Impossible, Sire!» Eh bien! ce jour-là, je serai perdu!
Aramis haussa légèrement les épaules.
— Un homme dans votre position, monseigneur, dit-il, n’est perdu que lorsqu’il veut l’être.
— Un homme, dans quelque position qu’il soit, ne peut lutter contre un roi.
— Bah! dans ma jeunesse, j’ai bien lutté, moi, avec le cardinal de Richelieu, qui était roi de France, plus, cardinal!
— Ai-je des armées, des troupes, des trésors? Je n’ai même plus Belle-Île!