— Non, mauvaise!
— En quoi?
— Comment voulez-vous que je ne traite pas ces pauvres gens, qui sont quelque chose, enfin, comme je traite un conseiller au Parlement?
— En effet, vous avez raison, je ne vois pas cinq livres de différence entre eux.
— Vous comprenez, si j’ai un beau poisson, je le paie toujours quatre ou cinq livres; si j’ai un beau poulet, il me coûte une livre et demie. J’engraisse bien des élèves de basse-cour; mais il me faut acheter le grain, et vous ne pouvez vous imaginer l’armée de rats que nous avons ici.
— Eh bien! pourquoi ne pas leur opposer une demi-douzaine de chats?
— Ah! bien oui, des chats, ils les mangent; j’ai été forcé d’y renoncer; jugez comme ils traitent mon grain. Je suis forcé d’avoir des terriers que je fais venir d’Angleterre pour étrangler les rats. Les chiens ont un appétit féroce; ils mangent autant qu’un prisonnier de cinquième ordre, sans compter qu’ils m’étranglent quelquefois mes lapins et mes poules.
Aramis écoutait-il, n’écoutait-il pas? nul n’eût pu le dire: ses yeux baissés annonçaient l’homme attentif, sa main inquiète annonçait l’homme absorbé.
Aramis méditait.
— Je vous disais donc, continua Baisemeaux, qu’une volaille passable me revenait à une livre et demie, et qu’un bon poisson me coûtait quatre ou cinq livres. On fait trois repas à la Bastille, les prisonniers, n’ayant rien à faire, mangent toujours; un homme de dix livres me coûte sept livres et dix sous.