— N’est-ce pas?
— Vous vouliez donc dire que ce malheureux devait souffrir sans trêve et sans fin…
— Souffrir, je n’ai pas dit cela, monseigneur; un quinze livres ne souffre pas.
— Souffrir la prison, au moins?
— Sans doute, c’est une fatalité; mais cette souffrance, on la lui adoucit. Enfin, vous en conviendrez, ce gaillard-là n’était pas venu au monde pour manger toutes les bonnes choses qu’il mange. Pardieu! vous allez voir: nous avons ici ce pâté intact, ces écrevisses auxquelles nous avons à peine touché, des écrevisses de Marne, grosses comme des langoustes, voyez. Eh bien! tout cela va prendre le chemin de la Deuxième Bertaudière, avec une bouteille de ce Volnay que vous trouvez si bon. Ayant vu, vous ne douterez plus, j’espère.
— Non, mon cher gouverneur, non; mais, dans tout cela, vous ne pensez qu’aux bienheureuses quinze livres, et vous oubliez toujours le pauvre Seldon, mon protégé.
— Soit! à votre considération, jour de fête pour lui: il aura des biscuits et des confitures, avec ce flacon de porto.
— Vous êtes un brave homme, je vous l’ai déjà dit et je vous le répète, mon cher Baisemeaux.
— Partons, partons, dit le gouverneur un peu étourdi, moitié par le vin qu’il avait bu, moitié par les éloges d’Aramis.
— Souvenez-vous que c’est pour vous obliger, ce que j’en fais, dit le prélat.