Alors on vit, dans le carré de lumière qui filtrait par la fenêtre grillée, un beau jeune homme, de petite taille, aux cheveux courts, à la barbe déjà croissante; il était assis sur un escabeau, le coude dans un fauteuil auquel s’appuyait tout le haut de son corps.
Son habit, jeté sur le lit, était de fin velours noir, et il aspirait l’air frais qui venait s’engouffrer dans sa poitrine couverte d’une chemise de la plus belle batiste que l’on avait pu trouver.
Lorsque le gouverneur entra, ce jeune homme tourna la tête avec un mouvement plein de nonchalance, et, comme il reconnut Baisemeaux, il se leva et salua courtoisement.
Mais, quand ses yeux se portèrent sur Aramis, demeuré dans l’ombre, celui-ci frissonna; il pâlit et son chapeau, qu’il tenait à la main, lui échappa comme si tous les muscles venaient de se détendre à la fois.
Baisemeaux, pendant ce temps, habitué à la présence de son prisonnier, semblait ne partager aucune des sensations que partageait Aramis; il étalait sur la table son pâté et ses écrevisses, comme eût pu faire un serviteur plein de zèle. Ainsi occupé, il ne remarquait point le trouble de son hôte.
Mais, quand il eut fini, adressant la parole au jeune prisonnier:
— Vous avez bonne mine, dit-il, cela va bien?
— Très bien, monsieur, merci, répondit le jeune homme.
Cette voix faillit renverser Aramis. Malgré lui il fit un pas en avant, les lèvres frémissantes.
Ce mouvement était si visible, qu’il ne put échapper à Baisemeaux, tout préoccupé qu’il était.