Ces mots étaient une allusion directe à la rupture de Marguerite avec le surintendant. Ils étaient aussi un reproche voilé, mais direct, fait au cœur de la jeune femme.

Comme si elle n’eût attendu que ce signal pour décocher sa flèche, Marguerite s’écria:

— Eh bien! Élise, on dit que tu es amoureuse.

Et elle dévora du regard Mme de Bellière, qui rougit sans pouvoir s’en empêcher.

— On ne se fait jamais faute de calomnier les femmes, répliqua la marquise après un instant de silence.

— Oh! on ne te calomnie pas, Élise.

— Comment! on dit que je suis amoureuse, et on ne me calomnie pas?

— D’abord, si c’est vrai, il n’y a pas de calomnie, il n’y a que médisance; ensuite, car tu ne me laisses pas achever, le public ne dit pas que tu t’abandonnes à cet amour. Il te peint, au contraire, comme une vertueuse amante armée de griffes et de dents, te renfermant chez toi comme dans une forteresse, et dans une forteresse autrement impénétrable que celle de Danaé, bien que la tour de Danaé fût faite d’airain.

— Tu as de l’esprit, Marguerite, dit Mme de Bellière, tremblante.

— Tu m’as toujours flattée, Élise… Bref, on te dit incorruptible et inaccessible. Tu vois si l’on te calomnie… Mais à quoi rêves-tu pendant que je te parle?