— Oh! reprit Mme Vanel en allongeant son pied mutin vers un papier qui frissonnait près de la fenêtre sur un tapis. On peut ne pas se voir, mais on s’écrit.

La marquise frémit. Ce papier était l’enveloppe de la lettre qu’elle lisait à l’entrée de son amie. Cette enveloppe était cachetée aux armes du surintendant.

En se reculant sur son sofa, Mme de Bellière fit rouler sur ce papier les plis épais de sa large robe de soie, et l’ensevelit ainsi.

— Voyons, dit-elle alors, voyons, Marguerite, est-ce pour me dire toutes ces folies que tu es venue de si bon matin?

— Non, je suis venue pour te voir d’abord et pour te rappeler nos anciennes habitudes si douces et si bonnes, tu sais, lorsque nous allions nous promener à Vincennes, et que, sous un chêne, dans un taillis, nous causions de ceux que nous aimions et qui nous aimaient.

— Tu me proposes une promenade.

— J’ai mon carrosse et trois heures de liberté.

— Je ne suis pas vêtue, Marguerite… et… si tu veux que nous causions, sans aller au bois de Vincennes, nous trouverions dans le jardin de l’hôtel un bel arbre, des charmilles touffues, un gazon semé de pâquerettes, et toute cette violette que l’on sent d’ici.

— Ma chère marquise, je regrette que tu me refuses… J’avais besoin d’épancher mon cœur dans le tien.

— Je te le répète, Marguerite, mon cœur est à toi, aussi bien dans cette chambre, aussi bien ici près, sous ce tilleul de mon jardin, que là-bas, sous un chêne dans le bois.