— Infâme! murmura Mme de Bellière torturée par cette féroce joie…

— M. Fouquet a bien quatre millions, je pense, répliqua-t-elle courageusement.

— S’il a ceux que le roi lui demande aujourd’hui, dit Marguerite, peut-être n’aura-t-il pas ceux que le roi lui demandera dans un mois.

— Le roi lui redemandera de l’argent?

— Sans doute, et voilà pourquoi je te dis que la ruine de ce pauvre M, Fouquet devient infaillible. Par orgueil, il fournira de l’argent, et, quand il n’en aura plus, il tombera.

— C’est vrai, dit la marquise en frissonnant; le plan est fort… Dis-moi, M. Colbert hait donc bien M. Fouquet?

— Je crois qu’il ne l’aime pas… Or, c’est un homme puissant que M. Colbert; il gagne à être vu de près; des conceptions gigantesques, de la volonté, de la discrétion; il ira loin.

— Il sera surintendant?

— C’est probable… Voilà pourquoi, ma bonne marquise, je me sentais émue en faveur de ce pauvre homme qui m’a aimée, adorée même; voilà pourquoi, le voyant si malheureux, je lui pardonnais son infidélité… dont il se repent, j’ai lieu de le croire; voilà pourquoi je n’eusse pas été éloignée de lui porter une consolation, un bon conseil; il aurait compris ma démarche et m’en aurait su gré. C’est doux d’être aimée, vois-tu. Les hommes apprécient fort l’amour quand ils ne sont pas aveuglés par la puissance.

La marquise, étourdie, écrasée par ces atroces attaques, calculées avec la justesse et la précision d’un tir d’artillerie, ne savait plus comment répondre; elle ne savait plus comment penser.