L’œil d’une femme sait lire tout orgueil ou toute souffrance sur les traits de l’homme qu’elle aime; on dirait qu’en raison de leur faiblesse, Dieu a voulu accorder aux femmes plus qu’il n’accorde aux autres créatures.
Elles peuvent cacher leurs sentiments à l’homme; l’homme ne peut leur cacher les siens.
La marquise devina d’un seul coup d’œil tout le malheur du surintendant.
Elle devina une nuit passée sans sommeil, un jour passé en déceptions.
Dès lors elle fut forte, elle sentait qu’elle aimait Fouquet au-delà de toute chose.
Elle se releva, et, s’approchant de lui:
— Vous m’écriviez ce matin, dit-elle, que vous commenciez à m’oublier, et que, moi que vous n’aviez pas revue, j’avais sans doute fini de penser à vous. Je viens vous démentir, monsieur, et cela d’autant plus sûrement que je lis dans vos yeux une chose.
— Laquelle, madame? demanda Fouquet étonné.
— C’est que vous ne m’avez jamais tant aimée qu’à cette heure; de même que vous devez lire dans ma démarche, à moi, que je ne vous ai point oublié.
— Oh! vous, marquise, dit Fouquet, dont un éclair de joie illumina un instant la noble figure, vous, vous êtes un ange, et les hommes n’ont pas le droit de douter de vous! Ils n’ont donc qu’à s’humilier et à demander grâce!