Ces mots venaient de le rappeler aux soucis de la surintendance, lui qui pendant quelques minutes ne se souvenait plus que des espérances de l’amant.

— Malheureux, moi? dit-il en essayant un sourire. Mais en vérité, marquise, vous me le feriez croire avec votre tristesse. Ces beaux yeux ne sont-ils donc levés sur moi que pour me plaindre? Oh! j’attends d’eux un autre sentiment.

— Ce n’est pas moi qui suis triste, monsieur: regardez dans cette glace; c’est vous.

— Marquise, je suis un peu pâle, c’est vrai, mais c’est l’excès du travail; le roi m’a demandé hier de l’argent.

— Oui, quatre millions; je sais cela.

— Vous le savez! s’écria Fouquet, surpris. Et comment le savez-vous? C’est au jeu seulement, après le départ des reines et en présence d’une seule personne, que le roi…

— Vous voyez que je le sais; cela suffit, n’est-ce pas? Eh bien! continuez, mon ami: c’est que le roi vous a demandé…

— Eh bien! vous comprenez, marquise, il a fallu se le procurer, puis le faire compter, puis le faire enregistrer, c’est long. Depuis la mort de M. de Mazarin, il y a un peu de fatigue et d’embarras dans le service des finances. Mon administration se trouve surchargée, voilà pourquoi j’ai veillé cette nuit.

— De sorte que vous avez la somme? demanda la marquise, inquiète.

— Il ferait beau voir, marquise, répliqua gaiement Fouquet, qu’un surintendant des finances n’eût pas quatre pauvres millions dans ses coffres.