Buckingham s’était hâté de faire ses adieux, de sorte qu’il en avait brusqué la meilleure partie.
Les visites à Monsieur et à Madame, à la jeune reine et à la reine douairière avaient été collectives.
Prévoyance de la reine mère, qui lui épargnait la douleur de causer encore en particulier avec Monsieur, qui lui épargnait le danger de revoir Madame.
Buckingham embrassa de Guiche et Raoul; il assura le premier de toute sa considération; le second d’une constante amitié destinée à triompher de tous les obstacles et à ne se laisser ébranler ni par la distance ni par le temps.
Les fourgons avaient déjà pris les devants; il partit le soir en carrosse avec toute sa maison.
De Wardes, tout froissé d’être pour ainsi dire emmené à la remorque par cet Anglais, avait cherché dans son esprit subtil tous les moyens d’échapper à cette chaîne; mais nul ne lui avait donné assistance, et force lui était de porter la peine de son mauvais esprit et de sa causticité.
Ceux à qui il eût pu s’ouvrir, en qualité de gens spirituels l’eussent raillé sur la supériorité du duc.
Les autres esprits, plus lourds, mais plus sensés, lui eussent allégué les ordres du roi, qui défendaient le duel.
Les autres enfin, et c’étaient les plus nombreux, qui, par charité chrétienne ou par amour-propre national, lui eussent prêté assistance, ne se souciaient point d’encourir une disgrâce, et eussent tout au plus prévenu les ministres d’un départ qui pouvait dégénérer en un petit massacre.
Il en résulta que, tout bien pesé, de Wardes fit son porte-manteau, prit deux chevaux, et, suivi d’un seul laquais, s’achemina vers la barrière où le carrosse de Buckingham le devait prendre.