— Monseigneur, dit-il, sait bien que toute ma vie est à son service; quand il s’agira de la donner, je suis prêt; pour aujourd’hui il ne s’agit que de danser aux violons, je danse.

— Et vous avez raison, dit froidement le prince. Et puis, Madame, continua-t-il, vous ne remarquez pas que vos dames m’enlèvent mes amis: M. de Guiche n’est pas à vous, madame, il est à moi. Si vous voulez dîner sans moi, vous avez vos dames. Quand je dîne seul, j’ai mes gentilshommes; ne me dépouillez pas tout à fait.

Madame sentit le reproche et la leçon.

La rougeur monta soudain jusqu’à ses yeux.

— Monsieur, répliqua-t-elle, j’ignorais, en venant à la cour de France, que les princesses de mon rang dussent être considérées comme les femmes de Turquie. J’ignorais qu’il fût défendu de voir des hommes; mais, puisque telle est votre volonté, je m’y conformerai; ne vous gênez point si vous voulez faire griller mes fenêtres.

Cette riposte, qui fit sourire Montalais et de Guiche, ramena dans le cœur du prince la colère, dont une bonne partie venait de s’évaporer en paroles.

— Très bien! dit-il d’un ton concentré, voilà comme on me respecte chez moi!

— Monseigneur! monseigneur! murmura le chevalier à l’oreille de Monsieur, de façon que tout le monde remarquât bien qu’il le modérait.

— Venez! répliqua le duc pour toute réponse, en l’entraînant et en pirouettant par un mouvement brusque, au risque de heurter Madame.

Le chevalier suivit son maître jusque dans l’appartement, où le prince ne fut pas plutôt assis, qu’il donna un libre cours à sa fureur.