— Après un projet avorté, il y a toujours un autre projet que l’on peut mener à bien! Ne désespérons jamais, et allez, monsieur, allez vite.
— Mais cette garnison si soigneusement triée, le roi la fera changer tout de suite.
— Cette garnison, monsieur, était au roi quand elle entra dans Belle-Île; elle est à vous aujourd’hui: il en sera de même pour toutes les garnisons après quinze jours d’occupation. Laissez faire, monsieur. Voyez-vous inconvénient à avoir une armée à vous au bout d’un an au lieu d’un ou deux régiments? Ne voyez-vous pas que votre garnison d’aujourd’hui vous fera des partisans à La Rochelle, à Nantes, à Bordeaux, à Toulouse, partout où on l’enverra?
«Allez au roi, monsieur, allez, le temps s’écoule, et d’Artagnan, pendant que nous perdons notre temps, vole comme une flèche sur le grand chemin.
— Monsieur d’Herblay, vous savez que toute parole de vous est un germe qui fructifie dans ma pensée; je vais au Louvre.
— À l’instant même, n’est-ce pas?
— Je ne vous demande que le temps de changer d’habits.
— Rappelez-vous que d’Artagnan n’a pas besoin de passer par Saint-Mandé, lui, mais qu’il se rendra tout droit au Louvre; c’est une heure à retrancher sur l’avance qui nous reste.
— D’Artagnan peut tout avoir, excepté mes chevaux anglais; je serai au Louvre dans vingt-cinq minutes.
Et, sans perdre une seconde, Fouquet commanda le départ.