Écoutant Anne d’Autriche, afin de la laisser dévoiler toute sa pensée, l’approuvant seulement du regard et du geste, il se convainquit, à certains coups d’œil profonds, à certaines insinuations habiles, que la reine, si perspicace en matière de galanterie, avait, sinon deviné, du moins soupçonné sa faiblesse pour Madame.
De toutes ses auxiliaires, Anne d’Autriche devait être la plus importante: de toutes ses ennemies, Anne d’Autriche eût été la plus dangereuse.
Louis changea donc de manœuvre. Il chargea Madame, excusa Monsieur, écouta ce que sa mère disait de Guiche comme il avait écouté ce qu’elle avait dit de Buckingham.
Puis, quand il vit qu’elle croyait avoir remporté sur lui une victoire complète, il la quitta.
Toute la cour, c’est-à-dire tous les favoris et les familiers, et ils étaient nombreux, puisque l’on comptait déjà cinq maîtres, se réunirent au soir pour la répétition du ballet.
Cet intervalle avait été rempli pour le pauvre de Guiche par quelques visites qu’il avait reçues.
Au nombre de ces visites, il en était une qu’il espérait et craignait presque d’un égal sentiment. C’était celle du chevalier de Lorraine. Vers les trois heures de l’après-midi, le chevalier de Lorraine entra chez de Guiche.
Son aspect était des plus rassurants. Monsieur, dit-il à de Guiche, était de charmante humeur, et l’on n’eût pas dit que le moindre nuage eût passé sur le ciel conjugal.
D’ailleurs, Monsieur avait si peu de rancune!
Depuis très longtemps à la cour, le chevalier de Lorraine avait établi que, des deux fils de Louis XIII, Monsieur était celui qui avait pris le caractère paternel, le caractère flottant, irrésolu; bon par élan, mauvais au fond, mais certainement nul pour ses amis.