— Celui de monter à cheval, et de partir pour une de vos terres; arrivé là, si vous voulez suivre le conseil du chevalier, vous y dormirez aussi longtemps et aussi tranquillement que la chose pourra vous être agréable.
— Comment, partir? s’écria le chevalier en jouant la surprise; et pourquoi de Guiche partirait-il?
— Parce que, et vous ne devez pas l’ignorer, vous surtout, parce que tout le monde parle déjà d’une scène qui se serait passée ici entre Monsieur et de Guiche.
De Guiche pâlit.
— Nullement, répondit le chevalier, nullement, et vous avez été mal instruit, monsieur de Bragelonne.
— J’ai été parfaitement instruit, au contraire, monsieur, répondit Raoul, et le conseil que je donne à de Guiche est un conseil d’ami.
Pendant ce débat, de Guiche, un peu atterré, regardait alternativement l’un et l’autre de ses deux conseillers.
Il sentait en lui-même qu’un jeu, important pour le reste de sa vie, se jouait à ce moment-là.
— N’est-ce pas, dit le chevalier interpellant le comte lui-même, n’est-ce pas, de Guiche, que la scène n’a pas été aussi orageuse que semble le penser M. le vicomte de Bragelonne, qui, d’ailleurs, n’était pas là?
— Monsieur, insista Raoul, orageuse ou non, ce n’est pas précisément de la scène elle-même que je parle, mais des suites qu’elle peut avoir. Je sais que Monsieur a menacé; je sais que Madame a pleuré.