— Que si M. Fouquet a soulevé contre Votre Majesté une troupe de factieux pour arracher ses amis au supplice, il soulèvera une armée quand il s’agira de se soustraire lui-même au châtiment.

Le roi fit jaillir sur son confident un de ces regards qui ressemblent au feu sombre d’un éclair d’orage; un de ces regards qui vont illuminer les ténèbres des plus profondes consciences.

— Je m’étonne, dit-il, que, pensant sur M. Fouquet de pareilles choses, vous ne veniez pas me donner un avis.

— Quel avis, Sire?

— Dites-moi d’abord, clairement et précisément, ce que vous pensez, monsieur Colbert.

— Sur quoi?

— Sur la conduite de M. Fouquet.

— Je pense, Sire, que M. Fouquet, non content d’attirer à lui l’argent, comme faisait M. de Mazarin, et de priver par-là Votre Majesté d’une partie de sa puissance, veut encore attirer à lui tous les amis de la vie facile et des plaisirs, de ce qu’enfin les fainéants appellent la poésie, et les politiques la corruption; je pense qu’en soudoyant les sujets de Votre Majesté il empiète sur la prérogative royale, et ne peut, si cela continue ainsi, tarder à reléguer Votre Majesté parmi les faibles et les obscurs.

— Comment qualifie-t-on tous ces projets, monsieur Colbert?

— Les projets de M. Fouquet, Sire?