Et elle se baissa pour cueillir une pervenche dans le gazon touffu.
On venait, en effet, car soudain se précipitèrent, par le sommet du monticule, une foule de jeunes femmes que suivaient les cavaliers; la cause de toute cette irruption était un magnifique sphinx des vignes aux ailes supérieures semblables au plumage du chat-huant, aux ailes inférieures pareilles à des feuilles de rose.
Cette proie opime était tombée dans les filets de Mlle de Tonnay-Charente, qui la montrait avec fierté à ses rivales, moins bonnes chercheuses qu’elle.
La reine de la chasse s’assit à vingt pas à peu près du banc où se tenaient Louis et Madame Henriette, s’adossa à un magnifique chêne enlacé de lierres, et piqua le papillon sur le jonc de sa longue canne.
Mlle de Tonnay-Charente était fort belle; aussi les hommes désertèrent-ils les autres femmes pour venir, sous prétexte de lui faire compliment sur son adresse, se presser en cercle autour d’elle.
Le roi et la princesse regardaient sournoisement cette scène comme les spectateurs d’un autre âge regardent les jeux des petits enfants.
— On s’amuse là-bas, dit le roi.
— Beaucoup, Sire; j’ai toujours remarqué qu’on s’amusait là où étaient la jeunesse et la beauté.
— Que dites-vous de Mlle de Tonnay-Charente, Henriette? demanda le roi.
— Je dis qu’elle est un peu blonde, répondit Madame, tombant du premier coup sur le seul défaut que l’on pût reprocher à la beauté presque parfaite de la future Mme de Montespan.