— Mais il me semble qu’à cette distance de Paris on est enterré, ou peu s’en faut.
— Mon ami, je me fais vieux, dit Aramis; le bruit et le mouvement de la ville ne me vont plus.
«À cinquante-sept ans, on doit chercher le calme et la méditation. Je les ai trouvés ici. Quoi de plus beau et de plus sévère à la fois que cette vieille Armorique? Je trouve ici, cher d’Artagnan, tout le contraire de ce que j’aimais autrefois, et c’est ce qu’il faut à la fin de la vie, qui est le contraire du commencement. Un peu de mon plaisir d’autrefois vient encore m’y saluer de temps en temps sans me distraire de mon salut. Je suis encore de ce monde, et cependant, à chaque pas que je fais, je me rapproche de Dieu.
— Éloquent, sage, discret, vous êtes un prélat accompli, Aramis, et je vous félicite.
— Mais, dit Aramis en souriant, vous n’êtes pas seulement venu, cher ami, pour me faire des compliments… Parlez, qui vous amène? Serais-je assez heureux pour que, d’une façon quelconque, vous eussiez besoin de moi?
— Dieu merci, non, mon cher ami, dit d’Artagnan, ce n’est rien de cela. Je suis riche et libre.
— Riche?
— Oui, riche pour moi; pas pour vous ni pour Porthos, bien entendu. J’ai une quinzaine de mille livres de rente.
Aramis le regarda soupçonneux. Il ne pouvait croire, surtout en voyant son ancien ami avec cet humble aspect, qu’il eût fait une si belle fortune.
Alors d’Artagnan, voyant que l’heure des explications était venue, raconta son histoire d’Angleterre.