— Ne les avez-vous pas, mademoiselle? dit Louise.
— Parfaitement, mademoiselle; mais je continue. Comment peut-on plaindre un homme qui rend des soins à une femme comme Madame? S’il y a disproportion, c’est du côté du comte.
— Oh! non, non, fit La Vallière, c’est du côté de Madame.
— Expliquez-vous.
— Je m’explique. Madame n’a pas même le désir de savoir ce que c’est que l’amour. Elle joue avec ce sentiment comme les enfants avec les artifices dont une étincelle embraserait un palais. Cela brille, voilà tout ce qu’il lui faut. Or, joie et amour sont le tissu dont elle veut que soit tramée sa vie. M. de Guiche aimera cette dame illustre; elle ne l’aimera pas.
Athénaïs partit d’un éclat de rire dédaigneux.
— Est-ce qu’on aime? dit-elle. Où sont vos nobles sentiments de tout à l’heure? la vertu d’une femme n’est-elle point dans le courageux refus de toute intrigue à conséquence. Une femme bien organisée et douée d’un cœur généreux doit regarder les hommes, s’en faire aimer, adorer même, et dire une fois au plus dans sa vie: «Tiens! il me semble que, si je n’eusse pas été ce que je suis, j’eusse moins détesté celui-là que les autres.»
— Alors, s’écria La Vallière en joignant les mains, voilà ce que vous promettez à M. de Montespan?
— Eh! certes, à lui comme à tout autre. Quoi! je vous ai dit que je lui reconnaissais une certaine supériorité, et cela ne suffirait pas! Ma chère, on est femme, c’est-à-dire reine dans tout le temps que nous donne la nature pour occuper cette royauté, de quinze à trente-cinq ans. Libre à vous d’avoir du cœur après, quand vous n’aurez plus que cela.
— Oh! oh! murmura La Vallière.