— Parbleu! répliqua Saint-Aignan, qui espérait de son côté l’évanouissement de Mlle de Tonnay-Charente, et qui s’avançait les bras ouverts, nous n’en avons même pas perdu un mot.
Mais la fière Athénaïs n’était pas femme à s’évanouir ainsi; elle lança un regard terrible à Saint-Aignan et s’enfuit.
Montalais, plus courageuse, s’avança vivement vers Louise et la reçut des mains du roi, qui déjà perdait la tête en se sentant le visage inondé des cheveux parfumés de la mourante.
— À la bonne heure, dit Saint-Aignan, voilà une aventure, et, si je ne suis pas le premier à la raconter, j’aurai du malheur.
Le roi s’approcha de lui, la voix tremblante, la main furieuse.
— Comte, dit-il, pas un mot.
Le pauvre roi oubliait qu’une heure auparavant il faisait au même homme la même recommandation, avec le désir tout opposé, c’est-à-dire que cet homme fût indiscret.
Aussi cette recommandation fut-elle aussi superflue que la première.
Une demi-heure après, tout Fontainebleau savait que Mlle de La Vallière avait eu sous le chêne royal une conversation avec Montalais et Tonnay-Charente, et que dans cette conversation elle avait avoué son amour pour le roi.
On savait aussi que le roi, après avoir manifesté toute l’inquiétude que lui inspirait l’état de Mlle de La Vallière, avait pâli et tremblé en recevant dans ses bras la belle évanouie; de sorte qu’il fut bien arrêté, chez tous les courtisans, que le plus grand événement de l’époque venait de se révéler; que Sa Majesté aimait Mlle de La Vallière, et que, par conséquent, Monsieur pouvait dormir parfaitement tranquille.