Il s’acquitta de cette commission en fidèle messager, et remarqua d’abord l’indifférence, le trouble même avec lesquels Madame accueillit la communication de son époux.
Cela lui parut renfermer quelque nouveauté.
Si Madame fût sortie de chez elle avec cet air étrange, il l’eût suivie.
Mais Madame rentrait, rien donc à faire; il pirouetta sur ses talons comme un héron désœuvré, interrogea l’air, la terre et l’eau, secoua la tête et s’orienta machinalement, de manière à se diriger vers les parterres.
Il n’eut pas fait cent pas qu’il rencontra deux jeunes gens qui se tenaient par le bras et qui marchaient, tête baissée, en crossant du pied les petits cailloux qui se trouvaient devant eux, et qui de ce vague amusement accompagnaient leurs pensées. C’étaient MM. de Guiche et de Bragelonne.
Leur vue opéra comme toujours sur le chevalier de Lorraine un effet d’instinctive répulsion. Il ne leur en fit pas moins un grand salut, qui lui fut rendu avec les intérêts.
Puis, voyant que le parc se dépeuplait, que les illuminations commençaient à s’éteindre, que la brise du matin commençait à souffler, il prit à gauche et rentra au château par la petite cour. Eux tirèrent à droite et continuèrent leur chemin vers le grand parc.
Au moment où le chevalier montait le petit escalier qui conduisait à l’entrée dérobée, il vit une femme, suivie d’une autre femme, apparaître sous l’arcade qui donnait passage de la petite dans la grande cour.
Ces deux femmes accéléraient leur marche que le froissement de leurs robes de soie trahissait dans la nuit déjà sombre.
Cette forme de mantelet, cette taille élégante, cette allure mystérieuse et hautaine à la fois qui distinguaient ces deux femmes, et surtout celle qui marchait la première, frappèrent le chevalier.