Nous avons rapporté la conversation.
Le favori, fier de sa double importance, et sentant que, depuis deux heures, il était devenu le confident du roi, commençait, tout respectueux qu’il était, à traiter d’un peu haut les affaires de cour, et, du point où il s’était mis, ou plutôt où le hasard l’avait placé, il ne voyait qu’amour et guirlandes autour de lui.
L’amour du roi pour Madame, celui de Madame pour le roi, celui de de Guiche pour Madame, celui de La Vallière pour le roi, celui de Malicorne pour Montalais, celui de Mlle de Tonnay-Charente pour lui, Saint-Aignan, n’était-ce pas véritablement plus qu’il n’en fallait pour faire tourner une tête de courtisan?
Or, Saint-Aignan était le modèle des courtisans passés, présents et futurs.
Au reste, Saint-Aignan se montra si bon narrateur et appréciateur si subtil, que le roi l’écouta en marquant beaucoup d’intérêt, surtout quand il conta la façon passionnée avec laquelle Madame avait recherché sa conversation à propos des affaires de Mlle de La Vallière.
Quand le roi n’eût plus rien ressenti pour Madame Henriette de ce qu’il avait éprouvé, il y avait dans cette ardeur de Madame à se faire donner ces renseignements une satisfaction d’amour-propre qui ne pouvait échapper au roi. Il éprouva donc cette satisfaction, mais voilà tout, et son cœur ne fut point un seul instant alarmé de ce que Madame pouvait penser ou ne point penser de toute cette aventure.
Seulement, lorsque Saint-Aignan eut fini, le roi, tout en se préparant à sa toilette de nuit, demanda:
— Maintenant, Saint-Aignan, tu sais ce que c’est que Mlle de La Vallière, n’est-ce pas?
— Non seulement ce qu’elle est, mais ce qu’elle sera.
— Que veux-tu dire?