— Informe-toi, Saint-Aignan.
Le comte courut à la porte et échangea quelques mots avec l’huissier.
— Sire, dit-il en revenant, c’est M. Fouquet qui arrive à l’instant même sur un ordre du roi à ce qu’il dit. Il s’est présenté, mais l’heure avancée fait qu’il n’insiste pas même pour avoir audience ce soir; il se contente de constater sa présence.
— M. Fouquet! Je lui ai écrit à trois heures en l’invitant à être à Fontainebleau le lendemain matin; il arrive à Fontainebleau à deux heures, c’est du zèle! s’écria le roi radieux de se voir si bien obéi. Eh bien! au contraire, M. Fouquet aura son audience. Je l’ai mandé, je le recevrai. Qu’on l’introduise. Toi, comte, aux recherches, et à demain!
Le roi mit un doigt sur ses lèvres, et Saint-Aignan s’esquiva la joie dans le cœur, en donnant l’ordre à l’huissier d’introduire M. Fouquet.
Fouquet fit alors son entrée dans la chambre royale. Louis XIV se leva pour le recevoir.
— Bonsoir, monsieur Fouquet, dit-il avec un aimable sourire. Je vous félicite de votre ponctualité; mon message a dû vous arriver tard cependant?
— À neuf heures du soir, Sire.
— Vous avez beaucoup travaillé ces jours-ci, monsieur Fouquet, car on m’a assuré que vous n’aviez pas quitté votre cabinet de Saint-Mandé depuis trois ou quatre jours.
— Je me suis, en effet, enfermé trois jours, Sire, répliqua Fouquet en s’inclinant.