Cette partie de la conversation, si sobre, mais si fine de Fouquet, donna encore au roi plus d’estime pour le caractère de l’homme et la capacité du ministre.

Fouquet prit congé à deux heures du matin, et le roi se mit au lit un peu inquiet, un peu confus de la leçon voilée qu’il venait de recevoir; et deux bons quarts d’heure furent employés par lui à se remémorer les broderies, les tapisseries, les menus des collations, les architectures des arcs de triomphe, les dispositions d’illuminations et d’artifices imaginés par l’ordre du commis Colbert.

Il résulta que le roi, repassant sur tout ce qui s’était passé depuis huit jours, trouva quelques taches à ses fêtes.

Mais Fouquet, par sa politesse, par sa bonne grâce et par sa générosité, venait d’entamer Colbert plus profondément que celui-ci, avec sa fourbe, sa méchanceté, sa persévérante haine, n’avait jamais réussi à entamer Fouquet.

Chapitre CXXII — Fontainebleau à deux heures du matin

Comme nous l’avons vu, de Saint-Aignan avait quitté la chambre du roi au moment où le surintendant y faisait son entrée.

De Saint-Aignan était chargé d’une mission pressée; c’est dire que de Saint-Aignan allait faire tout son possible pour tirer bon parti de son temps.

C’était un homme rare que celui que nous avons introduit comme l’ami du roi; un de ces courtisans précieux dont la vigilance et la netteté d’intention faisaient dès cette époque ombrage à tout favori passé ou futur, et balançait par son exactitude la servilité de Dangeau.

Aussi Dangeau n’était-il pas le favori, c’était le complaisant du roi.

De Saint-Aignan s’orienta donc.