La conversation avait entraîné de Guiche et Saint-Aignan assez loin du château.

Tout mathématicien, tout poète et tout rêveur a ses distractions; Saint-Aignan se trouvait donc, quand le quitta de Guiche, aux limites du quinconce, à l’endroit où les communes commencent et où, derrière de grands bouquets d’acacias et de marronniers croisant leurs grappes sous des monceaux de clématite et de vigne vierge, s’élève le mur de séparation entre les bois et la cour des communs.

Saint-Aignan, laissé seul, prit le chemin de ces bâtiments; de Guiche tourna en sens inverse. L’un revenait donc vers les parterres, tandis que l’autre allait aux murs.

Saint-Aignan marchait sous une impénétrable voûte de sorbiers, de lilas et d’aubépines gigantesques, les pieds sur un sable mou, enfoui dans l’ombre.

Il ruminait une revanche qui lui paraissait difficile à prendre, tout déferré, comme eût dit Tallemant des Réaux, de n’en avoir pas appris davantage sur La Vallière, malgré l’ingénieuse tactique qu’il avait employée pour arriver jusqu’à elle.

Tout à coup un gazouillement de voix humaines parvint à son oreille. C’était comme des chuchotements, comme des plaintes féminines mêlées d’interpellations; c’étaient de petits rires, des soupirs, des cris de surprise étouffés; mais, par-dessus tout, la voix féminine dominait.

Saint-Aignan s’arrêta pour s’orienter; il reconnut avec la plus vive surprise que les voix venaient, non pas de la terre, mais du sommet des arbres.

Il leva la tête en se glissant sous l’allée, et aperçut à la crête du mur une femme juchée sur une grande échelle, en grande communication de gestes et de paroles avec un homme perché sur un arbre, et dont on ne voyait que la tête, perdu qu’était le corps dans l’ombre d’un marronnier.

La femme était en deçà du mur; l’homme au-delà.

Chapitre CXXIII — Le labyrinthe