— N’aviez-vous point une chambre?
— Oui, mais je ne l’ai plus.
— Vous ne l’avez plus? et qui vous l’a prise?
— Attendez… Tantôt je revenais de courir après vous, j’arrive tout essoufflé à l’hôtel, lorsque j’aperçois une civière sur laquelle quatre paysans apportaient un moine malade.
— Un moine?
— Oui, un vieux franciscain à barbe grise. Comme je regardais ce moine malade, on l’entre dans l’auberge. Comme on lui faisait monter l’escalier, je le suis, et, comme j’arrive au haut de l’escalier, je m’aperçois qu’on le fait entrer dans ma chambre.
— Dans votre chambre?
— Oui, dans ma propre chambre. Je crois que c’est une erreur, j’interpelle l’hôte: l’hôte me déclare que la chambre louée par moi depuis huit jours était louée à ce franciscain pour le neuvième.
— Oh! oh!
— C’est justement ce que je fis: Oh! oh! Je fis même plus encore, je voulus me fâcher. Je remontai. Je m’adressai au franciscain lui-même. Je voulus lui remontrer l’inconvenance de son procédé; mais ce moine, tout moribond qu’il paraissait être, se souleva sur son coude, fixa sur moi deux yeux flamboyants, et, d’une voix qui eût avantageusement commandé une charge de cavalerie: «Jetez-moi ce drôle à la porte», dit-il. Ce qui fut à l’instant même exécuté par l’hôte et par les quatre porteurs, qui me firent descendre l’escalier un peu plus vite qu’il n’était convenable. Voilà comment il se fait, ma mie, que je n’ai plus de gîte.