— Seigneur, seigneur, appelez le confesseur, murmura Grisart; car, dans deux heures, au premier redoublement, vous serez pris du délire, et vous passerez dans la crise.
— À la bonne heure, dit le malade, dont les sourcils se froncèrent un moment; j’ai donc deux heures?
— Oui, surtout si vous prenez la potion que je vais vous envoyer.
— Et elle me donnera deux heures?
— Deux heures.
— Je la prendrai, fût-elle du poison, car ces deux heures sont nécessaires non seulement à moi, mais à la gloire de l’ordre.
— Oh! quelle perte! murmura le médecin, quelle catastrophe pour nous!
— C’est la perte d’un homme, voilà tout, répondit le franciscain, et Dieu pourvoira à ce que le pauvre moine qui vous quitte trouve un digne successeur. Adieu, monsieur Grisart; c’est déjà une permission du Seigneur que je vous aie rencontré. Un médecin qui n’eût point été affilié à notre sainte congrégation m’eût laissé ignorer mon état, et, comptant encore sur des jours d’existence, je n’eusse pu prendre des précautions nécessaires. Vous êtes savant, monsieur Grisart, cela nous fait honneur à tous: il m’eût répugné de voir un des nôtres médiocre dans sa profession. Adieu, maître Grisart, adieu! et envoyez-moi vite votre cordial.
— Bénissez-moi, du moins, monseigneur!
— D’esprit, oui… allez… d’esprit, vous dis-je… Animo maître Grisart… viribus impossibile.