— Parlez, dit le franciscain; je suis prêt à vous entendre et à juger de l’importance de ce secret.
— Monseigneur, un secret de la valeur de celui que je vais avoir l’honneur de vous confier ne se dit point avec la parole. Toute idée qui est sortie une fois des limbes de la pensée et s’est manifestée par une manifestation quelconque n’appartient plus même à celui qui l’a enfantée. La parole peut être récoltée par une oreille attentive et ennemie; il ne faut donc point la semer au hasard, car, alors, le secret ne s’appelle plus un secret.
— Comment donc alors comptez-vous transmettre votre secret? demanda le moribond.
Aramis fit d’une main signe au médecin et au confesseur de s’éloigner, et, de l’autre, il tendit au franciscain un papier qu’une double enveloppe recouvrait.
— Et l’écriture, demanda le franciscain, n’est-elle pas plus dangereuse encore que la parole, dites?
— Non, monseigneur, dit Aramis, car vous trouverez dans cette enveloppe des caractères que vous seul et moi pouvons comprendre.
Le franciscain regardait Aramis avec un étonnement toujours croissant.
— C’est, continua celui-ci, le chiffre que vous aviez en 1655, et que votre secrétaire, Juan Jujan, qui est mort, pourrait seul déchiffrer s’il revenait au monde.
— Vous connaissiez donc ce chiffre, vous?
— C’est moi qui le lui avais donné.