— Depuis combien de temps avez-vous ce secret?
— Depuis quinze ans.
— Et vous l’avez gardé?
— Je voulais vivre.
— Et vous le donnez à l’ordre, sans ambition, sans retour?
— Je le donne à l’ordre avec ambition et avec retour, dit Aramis; car, si vous vivez, monseigneur, vous ferez de moi, maintenant que vous me connaissez, ce que je puis, ce que je dois être.
— Et comme je meurs, s’écria le franciscain, je fais de toi mon successeur… Tiens!
Et, arrachant la bague, il la passa au doigt d’Aramis.
Puis, se retournant vers les deux spectateurs de cette scène:
— Soyez témoins, dit-il, et attestez dans l’occasion que, malade de corps, mais sain d’esprit, j’ai librement et volontairement remis cet anneau, marque de la toute-puissance, à Mgr d’Herblay, évêque de Vannes, que je nomme mon successeur, et devant lequel, moi, humble pécheur, prêt à paraître devant Dieu, je m’incline le premier, pour donner l’exemple à tous.