— Allons, dit-elle, Dieu merci! nous sommes bien seules. Depuis hier, tout le monde espionne ici, et l’on forme un cercle autour de nous comme si vraiment nous étions pestiférées.

La Vallière baissa la tête et poussa un soupir.

— Enfin, c’est inouï, continua Montalais; depuis M. Malicorne jusqu’à M. de Saint-Aignan, tout le monde en veut à notre secret. Voyons, Louise, recordons-nous un peu, que je sache à quoi m’en tenir.

La Vallière leva sur sa compagne ses beaux yeux purs et profonds comme l’azur d’un ciel de printemps.

— Et moi, dit-elle, je te demanderai pourquoi nous avons été appelées chez Madame; pourquoi nous avons couché chez elle au lieu de coucher comme d’habitude chez nous; pourquoi tu es rentrée si tard, et d’où viennent les mesures de surveillance qui ont été prises ce matin à notre égard?

— Ma chère Louise, tu réponds à ma question par une question, ou plutôt par dix questions, ce qui n’est pas répondre. Je te dirai cela plus tard, et, comme ce sont choses de secondaire importance, tu peux attendre. Ce que je te demande, car tout découlera de là, c’est s’il y a ou s’il n’y a pas secret.

— Je ne sais s’il y a secret, dit La Vallière, mais ce que je sais, de ma part du moins, c’est qu’il y a eu imprudence depuis ma sotte parole et mon plus sot évanouissement d’hier; chacun ici fait ses commentaires sur nous.

— Parle pour toi, ma chère, dit Montalais en riant, pour toi et pour Tonnay-Charente, qui avez fait chacune hier vos déclarations aux nuages, déclarations qui malheureusement ont été interceptées.

La Vallière baissa la tête.

— En vérité, dit-elle, tu m’accables.