— Un mois! murmura la princesse; aurais-je donc été aveugle à ce point, et l’aimerait-il depuis un mois?
Et, comme Madame n’avait rien à faire, elle se mit à commencer pour son frère la lettre dont le post-scriptum devait rappeler Bragelonne.
Le comte de Guiche avait, comme nous l’avons vu, cédé aux insistances de Manicamp, et s’était laissé entraîner par lui jusqu’aux écuries; où ils firent seller leurs chevaux; après quoi, par la petite allée dont nous avons déjà donné la description à nos lecteurs, ils s’avancèrent au-devant de Monsieur, qui, sortant du bain, s’en revenait tout frais vers le château, ayant sur le visage un voile de femme, afin que le soleil, déjà chaud, ne hâlât pas son teint.
Monsieur était dans un de ces accès de belle humeur qui lui inspiraient parfois l’admiration de sa propre beauté. Il avait, dans l’eau, pu comparer la blancheur de son corps à celle du corps de ses courtisans, et, grâce au soin que Son Altesse Royale prenait d’elle-même, nul n’avait pu, même le chevalier de Lorraine, soutenir la concurrence.
Monsieur avait de plus nagé avec un certain succès, et tous ses nerfs tendus dans une sage mesure par cette salutaire immersion dans l’eau fraîche, tenaient son corps et son esprit dans un heureux équilibre.
Aussi, à la vue de de Guiche, qui venait au petit galop au-devant de lui sur un magnifique cheval blanc, le prince ne put-il retenir une joyeuse exclamation.
— Il me semble que cela va bien, dit Manicamp, qui crut lire cette bienveillance sur la physionomie de Son Altesse Royale.
— Ah! bonjour, Guiche, bonjour, mon pauvre Guiche, s’écria le prince.
— Salut à Monseigneur! répondit de Guiche, encouragé par le ton de voix de Philippe; santé, joie, bonheur et prospérité à Votre Altesse!
— Sois le bienvenu, Guiche, et prends ma droite, mais tiens ton cheval en bride, car je veux revenir au pas sous ces voûtes fraîches.