Elle haïssait aussi la prétention et ne passait pas même ce défaut au roi.

C’était la maladie de Monsieur, et la princesse avait entrepris cette tâche exorbitante de l’en guérir.

Au reste, poètes, hommes d’esprit, femmes belles, elle accueillait tout en maîtresse supérieure à ses esclaves. Assez rêveuse au milieu de toutes ses espiègleries pour faire rêver les poètes; assez forte de ses charmes pour briller même au milieu des plus jolies; assez spirituelle pour que les plus remarquables l’écoutassent avec plaisir.

On conçoit ce que des réunions pareilles à celles qui se tenaient chez Madame devaient attirer de monde: la jeunesse y affluait. Quand le roi est jeune, tout est jeune à la cour.

Aussi voyait-on bouder les vieilles dames, têtes fortes de la Régence ou du dernier règne; mais on répondait à leurs bouderies en riant de ces vénérables personnes qui avaient poussé l’esprit de domination jusqu’à commander des partis de soldats dans la guerre de la Fronde, afin, disait Madame, de ne pas perdre tout empire sur les hommes.

À huit heures sonnant, Son Altesse Royale entra dans le grand salon avec ses dames d’honneur, et trouva plusieurs courtisans qui attendaient déjà depuis plus de dix minutes.

Parmi tous ces précurseurs de l’heure dite, elle chercha celui qu’elle croyait devoir être arrivé le premier de tous. Elle ne le trouva point.

Mais presque au même instant où elle achevait cette investigation, on annonça Monsieur.

Monsieur était splendide à voir. Toutes les pierreries du cardinal Mazarin, celles bien entendu que le ministre n’avait pu faire autrement que de laisser, toutes les pierreries de la reine mère, quelques-unes même de sa femme, Monsieur les portait ce jour-là. Aussi Monsieur brillait-il comme un soleil.

Derrière lui, à pas lents et avec un air de componction parfaitement joué, venait de Guiche, vêtu d’un habit de velours gris perle, brodé d’argent et à rubans bleus.