« Mon cher ami, j'ai bien réfléchi depuis notre séparation, il m'est, en vérité, impossible de laisser aller aux loups dévorants du monde la brebis que le Seigneur m'a confiée. J'entends parler, vous le comprenez bien, de notre petit Jacques Clément, qui tout à l'heure a été reçu par le roi, et s'est parfaitement acquitté de votre message.
Au lieu de Jacques, dont l'âge est encore tendre, et qui doit ses services au prieuré, je vous envoie un bon et digne frère de notre communauté; ses moeurs sont douces et son humeur innocente: je suis sûr que vous l'agréerez pour compagnon de route…. »
— Oui, oui, pensa Chicot en jetant de côté un regard sur le moine:
compte là-dessus.
« Je joins à cette lettre ma bénédiction, que je regrette de ne vous
avoir pas donnée de vive voix.
Adieu, cher ami. »
— Voilà une bien belle écriture! dit Chicot lorsqu'il eut fini sa lecture. Je gagerais que la lettre a été écrite par le trésorier: il a une main superbe.
— C'est, en effet, frère Borromée qui a écrit la lettre, répondit le
Goliath.
— Eh bien, en ce cas, mon ami, reprit Chicot en souriant agréablement au grand moine, vous allez retourner au prieuré.
— Moi?
— Oui, et vous direz à Sa Révérence que j'ai changé d'avis, et que je désire voyager seul.