Aussitôt chevaux, mules, femmes, enfants, charrettes, se ruèrent dans Paris, au risque de s'étouffer dans l'étranglement des deux piliers du pont-levis.
En un quart d'heure s'écoula, par cette vaste artère qu'on appelait la rue Saint-Antoine, tout l'amas du flot populaire qui, depuis le matin, séjournait autour de cette digue momentanée.
Les bruits s'éloignèrent peu à peu.
M. de Loignac remonta à cheval avec ses gens. Robert Briquet, demeuré le dernier, après avoir été le premier, enjamba flegmatiquement la chaîne du pont en disant:
— Tous ces gens-là voulaient voir quelque chose, et ils n'ont rien vu, même dans leurs affaires; moi je ne voulais rien voir, et je suis le seul qui ait vu quelque chose. C'est engageant, continuons; mais à quoi bon continuer? j'en sais, pardieu! bien assez. Cela me sera-t-il bien avantageux de voir déchirer M. de Salcède en quatre morceaux? Non, pardieu! D'ailleurs j'ai renoncé à la politique.
Allons dîner; le soleil marquerait midi s'il y avait du soleil; il est temps.
Il dit, et rentra dans Paris avec son tranquille et malicieux sourire.
IV
LA LOGE EN GRÈVE DE S.M. LE ROI HENRI III
Si nous suivions maintenant jusqu'à la place de Grève, où elle aboutit, cette voie populeuse du quartier Saint-Antoine, nous retrouverions dans la foule beaucoup de nos connaissances; mais tandis que tous ces pauvres citadins, moins sages que Robert Briquet, s'en vont, heurtés, coudoyés, meurtris, les uns derrière les autres, nous préférons, grâce au privilège que nous donnent nos ailes d'historien, nous transporter sur la place elle-même, et quand nous aurons embrassé tout le spectacle d'un coup d'oeil, nous retourner un instant vers le passé, afin d'approfondir la cause après avoir contemplé l'effet.