Chacun se demandait ce qui était survenu de nouveau, tout en profitant de cet instant de réunion générale pour admirer le changement qui s'était opéré dans la personne et les habits de ses compagnons.
La plupart avaient affiché un grand luxe, de mauvais goût peut-être, mais qui compensait l'élégance par l'éclat.
D'ailleurs, ils avaient ce qu'avait cherché d'Épernon, assez adroit politique s'il était mauvais soldat: les uns la jeunesse, les autres la vigueur, d'autres l'expérience, et cela rectifiait chez tous au moins une imperfection.
En somme, ils ressemblaient à un corps d'officiers en habits de ville, la tournure militaire étant, à très peu d'exception près, celle qu'ils avaient le plus ambitionnée.
Ainsi, de longues épées, des éperons sonnants, des moustaches aux ambitieux crochets, des bottes et des gants de daim ou de buffle; le tout bien doré, bien pommadé ou bien enrubanné, pour paraistre, comme on disait alors, voilà la tenue d'instinct adoptée par le plus grand nombre.
Les plus discrets se reconnaissaient aux couleurs sombres; les plus avares, aux draps solides; les fringants, aux dentelles et aux satins roses ou blancs.
Perducas de Pincorney avait trouvé, chez quelque juif, une chaîne de cuivre doré, grosse comme une chaîne de prison.
Pertinax de Montcrabeau n'était que faveurs et broderies; il avait acheté son costume d'un marchand de la rue des Haudriettes, lequel avait recueilli un gentilhomme blessé par des voleurs. Le gentilhomme avait fait venir un autre vêtement de chez lui, et, reconnaissant de l'hospitalité reçue, il avait laissé au marchand son habit, quelque peu souillé de fange et de sang; mais le marchand avait fait détacher l'habit, qui était demeuré fort présentable: restaient bien deux trous, traces de deux coups de poignard; mais Pertinax avait fait broder d'or ces deux endroits, ce qui remplaçait un défaut par un ornement.
Eustache de Miradoux ne brillait pas; il lui avait fallu habiller Lardille, Militor et les deux enfants. Lardille avait choisi un costume aussi riche que les lois somptuaires permettaient aux femmes de le porter à cette époque; Militor s'était couvert de velours et de damas, s'était orné d'une chaîne d'argent, d'un toquet à plumes et de bas brodés; de sorte qu'il n'était plus resté au pauvre Eustache qu'une somme à peine suffisante pour n'être pas déguenillé.
M. de Chalabre avait conservé son pourpoint gris de fer, qu'un tailleur avait rafraîchi et doublé à neuf: quelques bandes de velours habilement semées ça et là donnaient un relief nouveau à ce vêtement inusable. M. de Chalabre prétendait qu'il n'avait pas demandé mieux que de changer de pourpoint; mais que, malgré les recherches les plus minutieuses, il lui avait été impossible de trouver un drap mieux fait et plus avantageux.