— Ah! madame, s'écria Louise en saisissant les mains de Catherine, est-il possible que Votre Majesté se méprenne à ma douleur?
— Et à mon respect profond, ajouta Anne de Joyeuse, en s'inclinant sur le bras du fauteuil royal.
— C'est vrai, c'est vrai, répliqua Catherine, enfonçant un dernier trait dans le coeur de sa belle-fille. Je devrais savoir combien il vous est pénible, ma chère enfant, de voir dévoiler les complots de vos alliés de Lorraine; et, bien que vous n'y puissiez mais, vous ne souffrez pas moins de cette parenté.
— Ah! quant à cela, ma mère, c'est un peu vrai, dit le roi, cherchant à mettre tout le monde d'accord; car enfin, cette fois, nous savons à quoi nous en tenir sur la participation de MM. de Guise à ce complot.
— Mais, sire, interrompit plus hardiment qu'elle n'avait fait encore
Louise de Lorraine, — Votre Majesté sait bien qu'en devenant reine de
France, j'ai laissé mes parents tout en bas du trône.
— Oh! s'écria Anne de Joyeuse, vous voyez que je ne me trompais pas, sire; voici le patient qui paraît sur la place. Corbleu! la vilaine figure!
— Il a peur, dit Catherine; il parlera.
— S'il en a la force, dit le roi. Voyez donc, ma mère, sa tête vacille comme celle d'un cadavre.
— Je ne m'en dédis pas, sire, dit Joyeuse, il est affreux.
— Comment voudriez-vous que ce fût beau, un homme dont la pensée est si laide? Ne vous ai-je point expliqué, Anne, les rapports secrets du physique et du moral, comme Hippocrate et Galenus les comprenaient et les ont expliqués eux-mêmes?