— Vient de ce que je pense sans cesse à mon amour.

— Et tu soupires en me disant cela?

— Oui.

— Tu soupires, toi, Henri, comte du Bouchage, toi le frère de Joyeuse, toi que les mauvaises langues appellent le troisième roi de France. Tu sais que M. de Guise est le second, si toutefois ce n'est pas le premier; toi qui es riche, toi qui es beau, toi qui seras pair de France, comme moi, et duc, comme moi, à la première occasion que j'en trouverai; tu es amoureux, tu penses et tu soupires; tu soupires, toi qui as pris pour devise: Hilariter (joyeusement).

— Mon cher Anne, tous ces dons du passé ou toutes ces promesses de l'avenir n'ont jamais compté pour moi au rang des choses qui devaient faire mon bonheur. Je n'ai point d'ambition.

— C'est-à-dire que tu n'en as plus.

— Ou du moins que je ne poursuis pas les choses dont vous parlez.

— En ce moment peut-être; mais plus tard tu y reviendras.

— Jamais, mon frère. Je ne désire rien. Je ne veux rien.

— Et tu as tort, mon frère. Quand on s'appelle Joyeuse, c'est-à-dire un des plus beaux noms de France; quand on a son frère favori du roi, on désire tout, on veut tout, et l'on a tout.