Ce va-et-vient perpétuel, sans aucun résultat, avait fini par inspirer à Mayneville une telle inquiétude, qu'il avait fait monter à cheval un des gens de la duchesse, avec ordre d'aller s'informer auprès du premier peloton de cavaliers qu'il rencontrerait.

Le messager n'était point revenu.

Ce que voyant l'impatiente duchesse, elle en avait envoyé un second, qui n'était pas plus revenu que le premier.

— Notre officier, dit alors la duchesse, toujours disposée à voir les choses en beau, notre officier aura craint de n'avoir pas assez de monde, et il garde comme renfort les gens que nous lui envoyons; c'est prudent, mais inquiétant.

— Inquiétant, oui, fort inquiétant, répondit Mayneville, dont les yeux ne quittaient pas l'horizon profond et sombre.

— Mayneville, que peut-il donc être arrivé?

— Je vais montera cheval moi-même, et nous le saurons, madame. Et
Mayneville fit un mouvement pour sortir.

— Je vous le défends, s'écria la duchesse en le retenant, Mayneville; qui donc resterait près de moi? qui donc connaîtrait tous nos officiers, tous nos amis, quand le moment sera venu? Non, non, demeurez, Mayneville; on se forge des appréhensions bien naturelles, quand il s'agit d'un secret de cette importance; mais, en vérité, le plan était trop bien combiné, et surtout tenu trop secret pour ne pas réussir.

— Neuf heures, dit Mayneville répondant à sa propre impatience, plutôt qu'aux paroles de la duchesse; eh! voilà les jacobins qui sortent de leur couvent et qui se rangent le long des murs de la cour; peut-être ont-ils quelque avis particulier, eux.

— Silence! s'écria la duchesse en étendant la main vers l'horizon.