Ce n'est point l'affaire de Chicot, attendu que Chicot, en brouillant entre eux de si puissants personnages, va se faire des ennemis mortels qui l'empêcheront d'atteindre l'âge heureux de quatre-vingts ans.
Ma foi, tant mieux, il ne fait bon vivre que tant qu'on est jeune.
Mais autant valait alors attendre le coup de couteau de M. de Mayenne.
Non, car il faut réciprocité en toute chose; c'est la devise de Chicot.
Chicot poursuivra donc son voyage.
Mais Chicot est homme d'esprit, et Chicot prendra ses précautions. En conséquence, il n'aura sur lui que de l'argent, afin que si l'on tue Chicot, on ne fasse tort qu'à lui.
Chicot va donc mettre la dernière main à ce qu'il a commencé, c'est-à-dire qu'il va traduire d'un bout à l'autre cette belle épître en latin, et se l'incruster dans la mémoire où déjà elle est gravée aux deux tiers; puis il achètera un cheval, parce que réellement, de Juvisy à Pau, il faut mettre trop de fois le pied droit devant le pied gauche.
Mais avant toutes choses, Chicot déchirera la lettre de son ami Henri de Valois en un nombre infini de petits morceaux, et il aura soin surtout que ces petits morceaux s'en aillent, réduits à l'état d'atomes, les uns dans l'Orge, les autres dans l'air, et que le reste enfin soit confié à la terre, notre mère commune, dans le sein de laquelle tout retourne, même les sottises des rois.
Quand Chicot aura fini ce qu'il commence…
Et Chicot s'interrompit pour exécuter son projet de division. Le tiers de la lettre s'en alla donc par eau, l'autre tiers par l'air, et le troisième tiers disparut dans un trou creusé à cet effet avec un instrument qui n'était ni une dague ni un couteau, mais qui pouvait au besoin remplacer l'un et l'autre, et que Chicot portait à sa ceinture.