Ernauton s'arrêtait et avait déjà tiré à moitié du fourreau son épée, qu'il se repentait d'y avoir remise, lorsque la duchesse l'entraîna par les degrés en lui disant tout bas:

— Venez, venez, je vous en supplie, monsieur de Carmainges.

— Je vous reverrai, monsieur de Sainte-Maline, dit Ernauton en s'éloignant, et soyez tranquille, vous me paierez cette lâcheté avec les autres.

— Bien, bien! fit Sainte-Maline, tenez votre compte de votre côté; je tiens le mien; nous les réglerons tous deux un jour.

Carmainges entendit, mais ne se retourna même point, il était tout entier à la duchesse.

Arrivé au bas de l'escalier, personne ne s'opposa plus à son passage; ceux des quarante-cinq qui n'avaient pas monté l'escalier blâmaient sans doute tout bas la violence de leurs camarades.

Ernauton conduisit la duchesse à sa litière gardée par deux serviteurs.

Arrivée là et se sentant en sûreté, la duchesse serra la main de
Carmainges et lui dit:

— Monsieur Ernauton, après ce qui vient de se passer, après l'insulte dont, malgré votre courage, vous n'avez pu me défendre, et qui ne manquerait pas de se renouveler, nous ne pouvons plus revenir ici; cherchez, je vous prie, dans les environs, quelque maison à vendre ou à louer en totalité; avant peu, soyez tranquille, vous recevrez de mes nouvelles.

— Dois-je prendre congé de vous, madame? dit Ernauton, en s'inclinant en signe d'obéissance aux ordres qui venaient de lui être donnés, et qui étaient trop flatteurs à son amour-propre pour qu'il les discutât.