— Croyez-vous donc que ces boîtes seront facilement chargées sur nos chevaux?
— J'en réponds, madame; d'ailleurs, si cela vous inquiète le moins du monde, nous pouvons nous dispenser d'emporter la mienne: n'ai-je point là- bas tout ce qu'il me faut?
— Non, Remy, non, sous aucun prétexte je ne veux que vous manquiez du nécessaire en route; et puis, une fois là-bas, le pauvre vieillard étant malade, tous les domestiques seront occupés autour de lui. O Remy! j'ai hâte de rejoindre mon père; j'ai de tristes pressentiments, et il me semble que depuis un siècle je ne l'ai pas vu.
— Cependant, madame, dit Remy, vous l'avez quitté il y a trois mois, et il n'y a pas entre ce voyage et le dernier plus d'intervalle qu'entre les autres.
— Remy, vous qui êtes si bon médecin, ne m'avez-vous pas avoué vous-même, en le quittant la dernière fois, que mon père n'avait plus longtemps à vivre?
— Oui, sans doute, mais c'était une crainte exprimée et non une prédiction faite; Dieu prend parfois en oubli les vieillards, et ils vivent, c'est étrange à dire, par l'habitude de vivre; il y a même plus: parfois encore le vieillard est comme l'enfant, malade aujourd'hui, dispos demain.
— Hélas! Remy, et comme l'enfant aussi, le vieillard, dispos aujourd'hui, demain est mort.
Remy ne répondit pas, car aucune réponse rassurante ne pouvait réellement sortir de sa bouche, et un silence lugubre succéda pendant quelques minutes au dialogue que nous venons de rapporter.
Chacun des deux interlocuteurs resta dans sa position morne et pensive.
— Pour quelle heure avez-vous demandé les chevaux, Remy? reprit enfin la dame mystérieuse.