— Rien de plus simple, monsieur, et je m'étonne qu'un gentilhomme, vous me semblez en être un, ne comprenne pas ma conduite. Le hasard m'a conduit sur la route que vous suiviez, j'ai vu plusieurs hommes en attaquer un seul, j'ai défendu l'homme seul; puis quand ce brave, au secours de qui j'étais venu, car, quel qu'il soit, monsieur, cet homme est brave; puis quand ce brave, demeuré seul à seul avec vous, eut décidé la victoire par le coup qui vous abattit, alors, voyant qu'il allait abuser de la victoire en vous tuant, j'ai interposé mon épée.
— Vous me connaissez donc? demanda Mayenne avec un regard scrutateur.
— Je n'ai pas besoin de vous connaître, monsieur; je sais que vous êtes un homme blessé, et cela me suffit.
— Soyez franc, monsieur, reprit Mayenne, vous me connaissez.
— Il est étrange, monsieur, que vous ne consentiez point à me comprendre. Je ne trouve point, quant à moi, qu'il soit plus noble de tuer un homme sans défense que d'assaillir à six un homme qui passe.
— Vous admettez cependant qu'à toute chose il puisse y avoir des raisons.
Ernauton s'inclina, mais ne répondit point.
— N'avez-vous pas vu, continua Mayenne, que j'ai croisé l'épée seul à seul avec cet homme?
— Je l'ai vu, c'est vrai.
— D'ailleurs cet homme est mon plus mortel ennemi.