François fronça le sourcil.
— M. de Guise? dit-il; eh! qu'a-t-il à faire dans tout ceci?
— M. de Guise, continua Joyeuse, a tenté, dit-on, de faire assassiner monseigneur; si Salcède ne l'a pas avoué sur l'échafaud, il l'a avoué à la gêne. Or, c'est une grande joie à offrir au Lorrain, qui joue un grand rôle dans tout ceci, ou je m'y trompe fort, que de nous faire battre sous Anvers, et de lui procurer, qui sait? sans bourse délier, cette mort d'un fils de France, qu'il avait promis de payer si cher à Salcède. Lisez l'histoire de Flandre, monseigneur, et vous y verrez que les Flamands ont pour habitude d'engraisser leurs terres avec le sang des princes les plus illustres et des meilleurs chevaliers français.
Le duc secoua la tête.
— Eh bien! soit, Joyeuse, dit-il, je donnerai, s'il le faut, au Lorrain maudit la joie de me voir mort, mais je ne lui donnerai pas celle de me voir fuyant. J'ai soif de gloire, Joyeuse; car, seul de mon nom, j'ai encore des batailles à gagner.
— Et Cateau-Cambrésis que vous oubliez, monseigneur; il est vrai que vous êtes le seul.
— Comparez donc cette escarmouche à Jarnac et à Moncontour, Joyeuse, et faites le compte de ce que je redois à mon bien-aimé frère Henri. Non, non, ajouta-t-il, je ne suis pas un roitelet de Navarre; je suis un prince français, moi.
Puis se retournant vers les seigneurs, qui, aux paroles de Joyeuse, s'étaient éloignés:
— Messieurs, ajouta-t-il, l'assaut tient toujours; la pluie a cessé, les terrains sont bons, nous attaquerons cette nuit.
Joyeuse s'inclina.