« Ce que tu m'as dit, m'a été fort utile; je connais mes amis, connais les tiens; Chicot te dira le reste. »

LXXIX

COMMENT APRÈS AVOIR REÇU DES NOUVELLES DU MIDI HENRI EN REÇUT DU NORD

Le roi, au comble de l'exaspération, put à peine lire la lettre que Chicot venait de lui donner.

Pendant qu'il déchiffrait le latin du Béarnais avec des crispations d'impatience qui faisaient trembler le parquet, Chicot, devant un grand miroir de Venise suspendu au-dessus d'un dressoir d'orfèvrerie, admirait sa tenue et les grâces infinies que sa personne avait prises sous l'habit militaire.

Infinies était le mot, car jamais Chicot n'avait paru si grand; sa tête, un peu chauve, était surmontée d'une salade conique dans le genre de ces armets allemands que l'on ciselait si curieusement à Trêves et à Mayence, et il était occupé pour le moment à replacer sur son buffle, graissé par la sueur et le frottement des armes, une demi-cuirasse de voyage, que, pour déjeuner, il avait posée sur un buffet; en outre, tout en rebouclant sa cuirasse, il faisait sonner sur le parquet des éperons plus capables d'éventrer que d'éperonner un cheval.

— Oh! je suis trahi! s'écria Henri lorsqu'il eut achevé la lecture; le
Béarnais avait un plan, et je ne l'en ai pas soupçonné.

— Mon fils, répliqua Chicot, tu connais le proverbe: Il n'est pire eau que l'eau qui dort.

— Va-t'en au diable, avec tes proverbes!

Chicot s'avança vers la porte comme pour obéir.